La peine du deuil est déroutante… On croit que les premiers temps qui suivent la perte de la personne aimée sont les plus difficiles et on découvre, étonné, qu’il n’en est rien : au fil des mois, la peine prend un autre aspect, une autre tonalité et il n’est pas rare qu’elle atteigne un niveau d’intensité jusque là inconnu, 6 ou 8 mois après le décès. Cette évolution est normale et prévisible ; elle correspond à la 3 ième étape du processus de deuil et je vous invite à consulter le module 7 du programme vidéo pour en apprendre davantage sur cette nouvelle phase du deuil.

La question qui se pose très souvent durant la 3ième étape est de savoir si ce qu’on est en train de vivre correspond à un vécu dépressif « normal » ou s’il s’agit d’une complication de ce vécu dépressif - c’est à dire une véritable dépression-maladie. Il faut dire d’emblée que, dans la plupart des cas, il s’agit d’un vécu dépressif normal, mais il est vrai que la différence avec une véritable dépression est parfois ténue.

Dans le tableau qui suit, je tente de distinguer ces deux aspects. Mais il faut être prudent car on a souvent tendance à voir de la dépression là où il n’y en a pas. En effet, un seul critère diagnostique tiré de cette liste ne suffit pas, pris isolément, à faire le diagnostic de « dépression clinique ». Il se définit par un groupe de symptômes. Seule l’évaluation d’un médecin ou d’un psychiatre peut porter un tel diagnostic. Ce tableau comparatif n’a pour objectif que de vous donner quelques pistes pour vous aider à mieux vous situer – Ce tableau est tiré de mon livre « Vivre le deuil au jour le jour » aux éditions Albin Michel

 

Tableau comparatif entre le « vécu dépressif » et la « dépression clinique » au cours du deuil

 

Vécu dépressif « normal »

au cours du deuil

Dépression clinique – complication du vécu dépressif « normal »

 

Eléments communs aux deux

 

  • Des problèmes de sommeil (on retrouve des difficultés d’endormissement, des réveils fréquents au cours de la nuit. Si vous constatez un réveil très matinal tous les jours (c’est à dire vers 3 – 4 - 5 heures du matin, sans pouvoir vous rendormir), c’est peut être le signe d’un début de dépression clinique, si cela s’associe bien sûr avec d’autres signes de dépression )
  • Une perte d’appétit avec une perte de poids (beaucoup plus rarement, il y a une augmentation de l’appétit avec une prise de poids)
  • Une fatigue prolongée (appelée « asthénie »), une grande lassitude
  • Une tristesse marquée avec une grande difficulté à se projeter dans l’avenir
  • Une irritabilité avec une perte de patience pour les petits tracas de la vie
  • Une perte d’intérêt globale pour les choses qui faisaient plaisir habituellement
  • Une baisse de la libido
  • Des difficultés de concentration ou d’apprentissage, des trous de mémoire, une impression de « tête vide »

 

 

Dans la dépression clinique, les symptômes cités plus haut sont d’une intensité particulièrement forte.

De plus, il peut exister un vécu intérieur particulièrement douloureux lié à :

  • Une culpabilité intense, incessante, envahissante, qui ne laisse aucun répit

et/ou…

  • Une baisse très sévère de l’estime de soi avec des idées d’indignité, de dévalorisation importante

et/ou…

  • Un sentiment durable et profond de perte de sens de sa vie

et/ou…

  • Une colère persistante et envahissante. Cela peut parfois être le signe d’une dépression clinique sous jacente

 

Le vécu dépressif concerne toutes les personnes en deuil. Il est nécessaire au bon déroulement du processus de deuil.

La dépression est une complication du vécu dépressif. Il ne touche que certaines personnes en deuil.

 

 

 

Il peut exister des idées suicidaires mais leur mise en œuvre reste peu élaborée au cours du vécu dépressif. Elles ne vont pas très loin dans leur mise en oeuvre, même si elles sont persistantes.

La dépression clinique peut entraîner des idées suicidaires persistantes et fortement investies.

Le risque de passage à l’acte est d’autant plus important qu’un scénario précis est élaboré et que la personne en deuil déprimée travaille activement à sa mise en œuvre (achat de médicaments, d’une arme à feu, de cordes, mise en ordre de ses affaires… etc)

Dans ce cas, il est indispensable de se faire aider (ou de proposer de une aide professionnelle à cette personne suicidaire)

 

Même au cœur du vécu dépressif, il persiste un minimum de fonctionnement affectif, social et professionnel. Ce fonctionnement est relativement satisfaisant, en dépit des efforts qu’il nécessite et de la lourdeur à faire face aux exigences du quotidien.

A long terme, au cours de la dépression, on observe une perturbation très importante – voire une inhibition complète – du fonctionnement intellectuel, affectif, social, professionnel avec toutes les conséquences qui en découlent (isolement social, incapacité professionnelle…)

Malgré tous ses efforts, la personne en deuil déprimée ne parvient plus à prendre le dessus.

 

Le vécu dépressif évolue, de façon normale, par vagues successives alternant des gouffres de désespoir et des temps de répit où on parvient à faire face : l’alternance de « je vais mal, je vais mieux, je vais mal, je vais mieux… etc. » est caractéristique du vécu dépressif du deuil.

On apprend progressivement à reconnaître ces vagues successives qui tendent à décroître en fréquence et en intensité au fil du temps, même si elles persistent parfois pendant des mois ou des années.

 

Le vécu douloureux de la dépression clinique est la plupart du temps continu, sans rémission ; il n’y a plus d’oscillations entre le mieux et le pire. Ceci a tendance à s’aggraver au fil du temps. Il existe très rarement des moments d’apaisement et la personne en deuil déprimée se sent incapable de les apprécier.

Même si la tonalité générale est très triste et pesante, dans le vécu dépressif, on reste malgré tout sensible et réactif aux événements heureux ou agréables, aussi brefs soient-ils (un dîner entre amis de cœur, la visite d’un de ses enfants, une promenade dans un lieu paisible…).

Même si cela est difficile, il persiste une capacité à envisager l’avenir et à construire des projets (planifier les vacances par exemple)

 

Dans la dépression clinique, il y a une indifférence profonde et prolongée à tout et/ou une perte de toute réactivité face aux événements heureux ou agréables. L’avenir semble dramatiquement bouché et sans issue.

Le vécu dépressif, en tant qu’étape normale et naturelle du processus de deuil, se gère le plus souvent seul(e) et avec l’aide de l’entourage. Une association d’accompagnement du deuil ou un groupe de parole peuvent être très bénéfiques pour traverser cette difficile période du deuil.

 

La plupart du temps, le vécu dépressif normal ne nécessite pas un traitement médicamenteux antidépresseur. Mais attention, il existe des exceptions : si vous avez des doutes, n’hésitez pas à en parler à votre médecin.

 

La dépression clinique ne se résorbe pas spontanément. Elle a besoin d’être prise en charge avec une aide psychologique professionnelle (suivi de deuil) et éventuellement une aide médicamenteuse par des antidépresseurs.

 

Là encore, au moindre doute, prenez conseil auprès de votre médecin.

 

J’espère que ce dossier vous aidera

A bientôt

 

Christophe Fauré – Responsable éditorial « Traverser le deuil »